Lucien Louis Bernard LANTIER

Lucien Lantier    
                                                           Collection musée de Verdun
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Peintre de genre

    Lucien LANTIER est né à ODESSA en Ukraine au sud-est de la Bessarabie, la Moldavie actuelle, le 27/7/1879, fils de Louis Auguste Marie Lantier et de Elisabeth Lucie Romquaud.
    Il quitte ses parents en 1889 pour venir faire ses études secondaires comme pensionnaire à Paris dans le prestigieux lycée Janson de Sailly, obtient son baccalauréat en 1897. Parallèlement il est entré à l’école des Beaux Arts de Paris.
    Très doué pour le dessin, il retourne auprès de ses parents à Odessa et devient l’élève du maître Constandi durant 3 ans.
    En 1900, alors âgé de 21 ans, il est appelé sous les drapeaux en France pour son service militaire, qu’il fait à Compiègne jusqu’en 1903.
    Il retourne en 1904 à l’École Supérieur des Beaux Arts de Paris (atelier Gabriel Ferrier). Il expose pour la première fois en 1908 au Salon.
    En 1909 il reprend le chemin d'Odessa, mais l’horizon lui semble trop restreint, il a besoin d’espace, de variété, son talent s’adapte à tous les genres.
    Il voyage de Moscou à Petrograd (Saint Pétersbourg), partout il organise des expositions. Une de ses toiles est très remarquée par l’homme le plus riche de l’empire russe et membre de la famille Impériale ; le prince Félix Youssoupof, celui là même qui a assassiné Raspoutine, celui-ci l’introduit à la cour du Tsar Nicolas II où il fit nombre de portraits. Le colonel Rachmaninov, cousin du célèbre compositeur pose pour lui, sa carrière s’annonce brillante.
    La guerre éclate, Lucien Lantier quitte tout et rentre en France combattre dans les rangs de nos poilus. Son baptême du feu a lieu à Étain. Il fait surtout campagne en Alsace et plus particulièrement au Vieil Armand, en alsacien l’Hartmannswillerkopf.
    Au fond des tranchées il continue à faire des croquis des événements qu’il vit.

Lucien Lantier peignant sur le front à l'HWK en 1915
L.Lantier, en 1915, réalisant une toile pour son capitaine, E.Coron (mort qques mois plus tard)

Alsace HWK 1915
Alsace 1915
(collection privée S.Sjoberg)

 

A l'ambulance HWK 21 Nov 1915
A l'ambulance HWK 21 Nov 1915
(collection privée P.Guimmelly)


Au cours d’une permission il participe à l’exposition des combattants à Paris, l’Etat lui achète trois dessins pour le musée de la guerre. Puis il est blessé en décembre 1915 et part en convalescence prés de Lyon, à Bourgoin Jallieu jusqu’en août 1916. Durant cette période il reprend la peinture et exécute huit œuvres, huiles et aquarelles dont deux représentent des scènes de guerre, souvenirs du Hartmannwillerkopf, il peut réaliser ces travaux grâce au soutien financier de Emile Chapotat, peintre et illustre figure de la vie bergusienne.

                                                                     HWK 1915
                                                                         Hartmannwillerkopf 1915
                                                                     (musée de Bourgoin-Jallieu 38)


Il reprend les armes pour quelque temps, puis en 1917 il est affecté au Grand Quartier Général américain comme dessinateur.
    En 1918 il retourne à Paris et peint sa jeunesse en Bessarabie, en Russie.

Fête au village
Fête au village en Bessarabie
(collection privée F.Lantier)
Cavalier demandant son chemin en Bessarabie 1900
Cavalier demandant son chemin en Bessarabie 1900. (collection privée F.Lantier)
Moujik en Bessarabie
Moujik en Bessarabie
(collection privée F.Lantier)
Pope bénissant des soldats tués, dans la neige.
Pope bénissant bénissant des cadavres de soldats, dans la neige. (Musée de La Rochelle (17)

Tous ses « souvenirs » sont réunis en une exposition à Paris et sont très remarqués par la délégation roumaine à la conférence de la paix, des photos sont envoyées au roi de Roumanie en 1919. Lucien Lantier recevra la couronne de Chevalier de Roumanie. En 1920 où il exposa au Salon des Artistes Français, il reçut une médaille d’argent puis le Prix Lefèbvre Glaize la même année. En 1921 il recevra une médaille d’or au Salon des Artistes Français.
    Pour autant ses moyens financiers restent modestes, comme souvent le sont ceux des artistes passionnés, à tel point qu’il écrit à son ami Chapotat de Bourgoin : « …Mais tous ces rubans, médailles et autres honneurs…, par les temps qui courent et pour les bourses plates ne valent pas quelques beaux billets de mille !!! ».
    En 1923 il se fixe définitivement à Verdun, cette même année toujours au Salon, l’Etat lui achète une autre toile.
    En 1927 il fait un séjour à Longwy, le pays du fer et de l'acier.Le voici fixant ses impressions énormes, écrasantes; dans une coulée de lumière rouge se dressent les masses sombres et puissantes des hauts-fourneaux.Ils semblent sortirent de la nuit,menaçants, tels d'effrayants fantômes. Lutte dramatique de l'homme et de la matière, de la lumière et de l'ombre, nocturne fantastique, comme ces deux toiles qui suivent en témoignent. Le puddler malaxant le métal en fusion ou le chaufournier face à l'enfer industriel.

Le puddleur ouvrier de fonderie 1927   
Collection musée de Verdun
Le chaufournier 1927  
Collection musée de Verdun

Son établissement à Verdun lui assure une situation peut être moins brillante qu’à Paris mais plus sûre financièrement ; en effet les commandes affluent et à côté des créations personnelles, il décore des monuments historiques, des églises, des chapelles et des bâtiments publics dans toute la région lorraine.

Un bras de la Meuse à Belleray (55)
Un bras de la Meuse à Belleray (55)
(Musée de Verdun)

Le maréchal de Vauban
Le maréchal de Vauban
(Hotel Vauban MSA de Verdun)

    Classé, tout ce travail peut encore se visiter aujourd'hui, à l’église de Samogneux, Vacherauville, Bras, Champneuville, Haumont (le Soleil), l’hôtel Vauban à Verdun par exemple et bien d’autres lieux encore.
    Pour ce qui concerne plus précisément le travail que Louis Lantier a effectué pour l’église de Samogneux, cette commande fut passée dans les années 30, comprenant : un chemin de croix peint sur bois comportant bien sûr 14 stations de 38 cm de large par 30 cm de haut et deux toiles allégoriques.
    Les deux toiles mesurant chacune 1,80 mètre par 1,80 mètre sont placées de part et d’autre de la porte d’entrée, dans la nef.
    L’une s’intitulant « Messe aux Compagnons d’Armes » représente un office religieux célébré dans l’ancienne église du village, église qui n’existe plus puisque détruite, située à l’emplacement de l’actuel monument aux morts du village.
L’intérieur de l’édifice avait été décrit au peintre, de mémoire par des anciens du village. Des soldats français et américains blessés, certains s’entraidant, communient donc au cours de cette messe, le symbole de la fraternité des deux nations unies dans l’épreuve est omniprésent dans cette vision allégorique de la guerre.
    L’autre toile s’intitulant « Les Deux Mères » est une composition puissamment évocatrice. Au premier plan, deux mères en deuil, l’une française, l’autre américaine, sont penchées côte à côte sur deux tombes. Elles sont, là encore, comme sur l’autre toile, unies, comme sont unis leurs pensées et leurs cœurs.
    Dans le fond, on aperçoit l’ancienne passerelle de bois construite par l’armée américaine en 1918, qui reliait Samogneux à Regnéville « remplacée » par le pont en pierre à deux arches, qui se profile à l’arrière plan, en projet à l’époque, qui a finalement été construit en 1935, inauguré en 1936 et intelligemment…détruit par l’armée française en 1940 espérant ainsi arrêter l’armée allemande…qui a tout simplement emprunté la route nationale. Ce superbe pont en dur avait été lui aussi financé par la même œuvre.
    Enfin au-dessus de ces ruines, la mère du Christ tenant son fils dans ses bras, symbole de sacrifice, de la résignation, de la paix, est une vision réconfortante qui anime la toile et lui donne sa signification profonde.
    Louis Lantier est nommé en 1936, conservateur du musée de la « Princerie » par la commission mixte du musée de la « Princerie », composée de six membres du conseil municipal et de six membres de la Société philomathique sous la présidence de monsieur Gaston Thiébault, député maire de Verdun, natif de Samogneux.
    Malheureusement en 1940, âgé alors de 61 ans, la guerre va le chasser ainsi que le flot des lorrains qui évacuent devant l’avance des troupes nazies, jusque dans le Sud de la France, dans le Gard, au nord d’Alès, à Branoux, prés de La Grand Combe, il a tout perdu. Lui et son épouse trouve refuge, dans un premier temps, au Pradel, il s'agit d'un mas, comme il y en a beaucoup dans la région. Puis en 1942 et jusqu'en 1944, ils furent hébergés au Mas Supérieur dans la famille Valcroze, par la suite, la guerre terminée, la commune de Branoux fournit un petit local, l'actuelle bibliothèque du village. Il ne quittera plus cette région, ni cet appartement jusqu’à sa mort dans le dénuement le plus total et grabataire le 21 avril 1960.
                                                                                            
   
Il fut inhumé dans le cimetière d'Alès, puis sa femme fit transférer le corps à Verdun le 1er février 1968 dans le cimetière du Faubourg où la sépulture familiale était prête depuis de nombreuses années. On peut noter en examinant la stéle, qu'à l'époque le marbrier, l'entreprise chargée de cette opération, ne s'est même pas donné la peine de compléter l'épigraphe quant à la date de la mort de Lucien Lantier...

Sépulture de Lucien Lantier à Verdun (55)

    Durant ces 20 années passées dans les Cévennes il a tenté de survivre de son art. Grâce aux houillères locales, il existe des acheteurs potentiels, ingénieurs, médecins : il peint.
    La nature cévenole lui redonne le goût des paysages. Il parcourt les chemins qui grimpent autour du village à la recherche de points de vue car il met le pays en scène. Branoux, où il a finalement posé son sac, est un petit village entouré de quelques mas disséminés et les représentations de Lantier parlent de cette petitesse de l'être humain face à la nature (ou l'espace).

Petit sentier à la sortie de Branoux (30)
Le petit sentier à la sortie de Branoux en 1942
(collection privée à Branoux)
Le petit sentier de Branoux en 2008
Le même petit sentier en juillet 2008
(photo ML)

Même lorsqu'il peint une grande maison bourgeoise comme le Perrier, il la noie dans la treille et les autres plantes qui ne devraient en être que les ornements.

                                                                      La treille du Perier 1942
                                                           La treille du Perier en 1942 (collection privée Branoux)

    Dans une autre toile, composition conventionnelle, décor de bergerie aux rives méandreuses d'une rivière mélancolique, la ligne de fuite suggère des profondeurs, des mystères étouffants pour les humains.

La maison de Lancise à Branoux
La maison de Lancise à Branoux (30) 1942
         (collection privée à Branoux)



Le Mas Soubeiran à Branoux (30)
                  Le Mas Soubeyran à Branoux (30) 1942
         (collection privée à Branoux)


    De cette inquiétude, participent aussi les couleurs qui, semblant refuser l'éclat, confirment que l'essentiel est loin du spectaculaire. Cela ne l'empêche pas d'utiliser le paysage en décor de scènes historiques idéalisées (il n'oublie pas ses succès de décorateur) et de recommencer à représenter une Bessarabie exotique à souhait.
    Il peint aussi des portraits des habitants du village (ou des commandes) et, comme il faut bien remercier ceux qui lui viennent en aide, quantité de bouquets dont la simplicité, les couleurs atténuées, laissent sourdre une impression d'apaisement, voire de sérénité, comme s'il s'était dégagé de ses misères matérielles et physiques (car, à ce moment-là, il ne court plus les chemins mais, cloué au lit, peint couché, appuyé sur l'avant-bras pour se soulever un peu) .

Pierre
Pierre
(collection privée Branoux)
Puits de mine Le Pontil Laval Pradel 1942
Chevalet de la mine du Pontil Laval Pradel (30) en 1942
(collection privée à Branoux)
Bouquet fruitier
Bouquet fruitier
(collection privée à Branoux)

    Il a réalisé deux chemins de croix dans les Cévennes, comme ceux de la région verdunoise, il faut aller les voir dans les églises, comme à Samogneux par exemple, pour comprendre comment la décoration est dépassée lorsqu'on met à son service la fausse naïveté d'un réalisme stylisé et mis en scène car, dans la plupart des quatorze stations, c'est, comme au cinéma, de cadrages qu'il faut parler.
  En Meuse,comme je l'écris plus haut, il décoré la plupart des chapelles des villages détuits et non reconstruits: Beaumont en Verdunois, Bezonvaux, Cumiéres, Fleury devant Douaumont, Haumont prés Samogneux, Louvemont, Vaux, de même que l'église Saint Sauveur à Verdun ( tout prés de son domicile à l'époque), ainsi que des églises où l'on peut là aussi admirer son travail: Champneuville, Douaumont et Vacherauville. La salle du conseil de la mairie de Sommedieu est ornée d'une magnifique effigie de Marianne de 2,40m de haut sur 1,40m de large peinte en 1923.
  Dans la même région, Verdun, il a peint nombre de chemins de croix hormis celui de Samogneux : Bras sur Meuse, Fromeréville les Vallons, Lacroix sur Meuse (ces deux derniers étant remarquables par leur grande taille), Revigny sur Ornain, Verneuil Petit et Woël en Woëvre.
    Cet artiste a exposé au cours de sa carrière à Amsterdam, Bruxelles, Gand, Liverpool , Luxembourg , Manchester , Metz , Moscou, Nancy , New York , Paris , Saint Petersbourg , San Francisco , Wiesbaden.
    On peut aussi signaler que Lucien Louis Bernard Lantier s’est marié à deux reprises: la première fois le 23 juin 1916 à Lure, à Héléne Anaïs Henry, née le 29 juillet 1891 à Champagnay (arrondissement de Lure) et qu'ils eurent un enfant, Bernard Louis Félix, né le 10 décembre 1917 à Chaumont. Quelques années plus tard il y eu séparation, puis Lucien Lantier se remariera avec Renée Quentin qui lui survivra jusqu’en 1975, elle aussi artiste et qui signait ses œuvres Quentin-Lantier.

Héléne Henry 1° femme de Lucien Lantier, en infirmiére 1916  
Héléne Anaïs Henry

(Collection privée Nicole Dury-Van Melle, soeur de Bernard Lantier)

 

 

Renée Quentin-Lantier 2° épouse de Lucien Lantier 1935  
Renée Quentin
( Collection privée Branoux)

      Je possède actuellement plusieurs centaines d' images  de travaux de Lucien Lantier venant de tous horizons, de toutes époques et tous styles... et je continue d'en découvrir et d'en collecter auprès de nombreux pocesseurs privés ou de musées qui me les font parvenir par @ ... avis donc aux heureux propriétaires de toiles ou dessins de Lucien Lantier qui auraient la gentillesse d'en faire autant, merci d'avance. Le cas échéant pour répondre à certaines demandes, je peux faire parvenir à ceux qui le souhaiteraient quelques photos.