Les monuments

(cliquer sur les images pour les agrandir)


Le père Barnabé :

Le pére Barnabé à Samogneux    Monument érigé en 1929 au pied de l’ancienne église. Financé, ainsi que la reconstruction du village, grâce à la générosité de l’"Oeuvre franco-américaine du Relèvement de Samogneux" d’Henri Frémont et d’une américaine, Miss Horace Gray de Boston.
    Né de la plume de Monsieur Henri Frémont, écrivain, homme de presse et libraire, originaire de Verdun, le Père Barnabé, personnage imaginaire, symbole des réfugiés meusiens de la guerre 14-18, est à l’origine même de la reconstruction de Samogneux et particulièrement du patrimoine public. Il représente un paysan meusien sur l’emplacement de son village détruit, abattu devant l’ampleur du désastre. Il est construit en béton armé moulé.

    Le Père Barnabé est né de l’imagination d’Henri Frémont pendant sa propre exode de Verdun en 1917 vers Paris. Le mal du pays et les évènements l’inspirèrent ; il commença à écrire l’histoire, au présent, d’un malheureux évacué meusien, de Samogneux, qui aurait tout aussi bien pu être de Vacherauville ou d’ailleurs dans la région. Il se trouve que ce fut Samogneux, et cela n’allait pas être sans conséquence dans les années à venir, de manière tout à fait imprévue.
    Henri Frémont venait de créer à Paris le « Bulletin Meusien » et, au fur et à mesure des jours, insérait dans les colonnes de son journal sa fameuse histoire, comme un feuilleton. Il avait inventé une adresse à notre Père Barnabé, rue Lepic, l’une des rues les plus pentues de Montmartre.
    L’ouvrage s’écrit au rythme d’un chapitre par semaine. Les réactions des réfugiés meusiens présents dans les environs de Paris, lisant régulièrement les pérégrinations de ce meusien inconnu, et tous en relation administrative avec le comité du faubourg Montmartre, aident l’auteur pour la suite de son histoire.

    L’armistice est signé le 11 Novembre 1918.
    Certains réfugiés rentrent petit à petit et découvrent les dégâts de la guerre et se réinstallent tant bien que mal. Samogneux, village de baraquements provisoires type Adrian est construit en face du cimetière actuel, avec sa chapelle. (voir le § Cartes postales)
    Entre temps, 30 chapitres du père Barnabé sont écrits et pour conclure l’histoire, la dernière page représente le père Barnabé devant sa baraque sur la porte de laquelle il a cloué un petit drapeau tricolore flottant au vent.
    Henri Frémont décide d’imprimer et de publier son histoire, demande à André Maginot de lui préfacer son livre, ce que celui-ci fait de bonne grâce. Les ouvrages sont mis en vente dans différentes librairies meusiennes entre autres.


Quelques éléments du livre.

couverture de l'ouvrage
Barnabé arrivant à Paris comme réfugié
Barnabé face à l'océan...
Barnabé à  Redon (I &V)
Barnabé rentre à  Samogneux


    Un mois et demi après la parution du premier livre, un événement tout à fait inattendu se produisit ; Henri Frémont recevait un courrier de Pau ; voici ce que contenait cette lettre :

-« Monsieur,
Vous ne me connaissez pas, mais je connais votre librairie parce que je reviens de Verdun et que j’y ai acheté tous les livres qui se publient dans votre région. Il faut vous dire que je suis américaine, que j’ai dirigé un hôpital sur le front français et que j’ai beaucoup d’affection pour la France…
Votre Père Barnabé m’a touché et avant de quitter Verdun j’ai tenu à me rendre à Samogneux…J’ai interrogé les gens là-bas…J’ai vu la chapelle…Voulez-vous qu’à nous deux, nous tentions quelque chose pour Samogneux…J’ai réfléchi !… Il n’y a pas que votre Père Barnabé, voyez vous, qui ait des idées, moi aussi !…Ecoutez Monsieur, donnez-moi l’autorisation de traduire votre livre en anglais…Je le vends dans mon pays et le produit de la vente je vous l’envoie pour le village…Est ce que cela vous paraît possible ? Est-ce que cela vous plait ainsi ? » Signé Mistress GRAY

La réponse fut la suivante :

-« Madame,
Je ne sais pas comment vous remercier pour la poignée d’habitants rentrés à Samogneux, comme pour moi-même !…Vous me demandez l’autorisation de traduire mon Père Barnabé, en fait vous pourriez en avoir besoin, c’est vrai. Mais en réalité, c’est moi qui vous l’offre, qui vous prie de vous en servir et lorsque vous l’aurez prise, je resterai, Madame, votre obligé et votre bien reconnaissant ! » Signé Henri Frémont

    Six mois plus tard un premier envoi de 1500 volumes traduits en anglais embarquaient pour Boston. Le Bulletin Meusien annonçait : « Le Père Barnabé part pour l’Amérique, si il a le mal de mer je le saurai et je vous le dirai !… »
(faites connaissance plus bas avec Mrs Gray...)

Voici un aperçu de l'exemplaire américain:                                                                     

Couverture du livre US
Couverture des "Réfugiés meusiens", traduction américaine.

 

 

 

 

 

2° de couverture de l'ouvrage
2° de couverture version US.

Dédicace de Mrs H. Gray
Dédicace de Mrs H.gray

"Dans l'espoir que ceux et celles qui viennent un jour visiter Samogneux dans la Meuse, et fassent de leur mieux pour effacer la distance entre ces deux continents."
Dédicace de l'auteur à ses deux fils
Dédicace de l'auteur à ses deux fils, dont son fils ainé Léon, mort pour la France dans le fort de Troyon (55) le 23 Septembre 1914.
Note de l'auteur 1/2
Note de l'auteur 1/2
Note de l'auteur 2/2
Note de l'auteur 2/2
Bulletin de souscription 1/2
Bulletin de souscription, inséré dans le livre et détachable, destiné à récolter des fonds pour financer la reconstruction de Samogneux.
Bulletin de souscription 2/2
Recto du bulletin de souscription et 1° illustration du livre.
Une des  illustrations
Une des illustrations de l'ouvrage.


    D’autres envois sont fait régulièrement et Madame Horace Gray tient parole ; les chèques commencent à arriver.

                                                                      Mrs Horace Gray
                                                                              Mrs Horace Gray en 1930

    Le 25 juillet 1927 un compte est ouvert pour la circonstance à la banque Varin Bernier. Ce compte sera celui du Comité qui a dû être créé pour légaliser l’affaire.
    A ce comité se sont joints spontanément Messieurs Raymond Poincaré président du conseil ( Premier Ministre) et ancien Président de la République, André Maginot ministre de la guerre, Victor Schleiter député maire de Verdun, Georges Lecourtier sénateur, le préfet de la Meuse du moment, le général Boichut gouverneur de Verdun, Léon Florentin grand mutilé de 14-18, Achille Jacques le maire de Samogneux à cette époque, père de Georges Jacques, Madame Horace Gray, son banquier et bien sûr Henri Frémont.

                                                                   o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o

     Le monument du Père Barnabé devait être imaginé, proposé et après présentation à l’association, le choix du sculpteur et de son projet serait fait. En mai 1928, un sculpteur ami de Monsieur Peyronnet de Verdun, Eugène Georges Durassier *, sollicita l’honneur et le plaisir de créer et de proposer un Père Barnabé en béton ou en pierre de taille. Cette œuvre serait exposée au Salon des Artistes Français à Paris de 1929, et l’issue de cette exposition, la statue reviendrait à son pays de destination, Samogneux.
     A cette proposition, Mrs Horace Gray, acquiesça par télégramme depuis les Etats Unis.
     Eugène Durassier, s’installa rue de Rû dans l’atelier de Monsieur Peyronnet, pour réaliser la maquette. Il se mit en rapport avec l’architecte Delangle de Verdun, qui participa donc au projet du point de vue technique des matériaux, puisque finalement l’œuvre serait en béton armé et moulé.
     E.Durassier * a imaginé donner à sa statue l’aspect d’un haut relief, sur un fond de pierre, les ruines de Samogneux, un peu à la manière d’une médaille. Le personnage est supposé arrivé dans son village détruit au lendemain de la fin de la guerre. Et appuyé sur sa canne noueuse, adossé au panneau : « Ici était Samogneux » (panneau qui a réellement existé), le Père Barnabé, la tête légèrement penchée, atterré, pense sans doute à son pauvre village d’avant, fracassé par la folie des hommes. L’œuvre et belle et poignante, le Père Barnabé, de taille réelle, exprime sa tristesse.

     Reçue sans problème au Salon des Artistes Français à Paris de 1929, la statue posait bien en vue près du rond-point central, le Père Barnabé exhalait sa tristesse sous les frondaisons des jardins du Grand Palais. Quelques jours après sa mise place, l’artiste, un beau matin découvrit au pied, un bouquet de fleurs blanches, posé sur le gazon, par qui ? On l’ignora ! Ce geste était lourd de symbole.
     A l’issue du Salon, la statue quitta Paris par le train en direction de Verdun, le 20 juin.
              
                                                                                  Le Père Barnabé en 1932

     Dix jours plus tôt, Monsieur Frèmont, se rendit à l’hôtel de ville de Verdun et proposa au maire, Monsieur Schleiter, que le Père Barnabé soit exposé à la mairie…en ces termes : « Comme le Père Barnabé ne peut pas encore rentrer à Samogneux, l’assise n’étant pas encore prête, j’ai eu l’idée de venir voir le maire de Verdun et de demander à la Ville Glorieuse, hospitalité et abri pour lui.. »
-« Bonne idée ! » répondit le maire, mais celui-ci s’inquiéta aussitôt pour ses parquets… « à propos, combien pèse-t-il votre Père Barnabé ? »… « 5 à 600 kgs au plus… mais rassurez-vous, il est destiné à passer toutes ses nuits à la belle étoile de Samogneux…si vous voulez bien, nous le mettrons tout simplement dans la cour de l’Hôtel de Ville. »
     Et voilà comment le Père Barnabé est rentré à Verdun le jeudi 21 Juin 1928 dans sa caisse d’emballage, le 24 juin, il sera mis en place par le responsable technique de la mairie, Monsieur Rabut, près des canons d’honneurs de la vieille cité. Il fut exposé jusqu’en juillet 1929 à l’Hôtel de ville de Verdun, puis rejoignit enfin Samogneux, et fut mise en place le 06 Juillet 1929 sur cet espace qui lui était dédié ; au pied des ruines de l’église, près de la route nationale. Et comme il fut si bien écrit à l’époque : « Le père Barnabé, vigie attentive, éveillera dans le cœur de tous les passants le souvenir de la guerre. »

                                                               

* Le sculpteur Eugène Georges Durassier est né à Paris, dans le 12e arrondissement, le 12 septembre 1862. Son père, Pierre Eugène Étienne, était ébéniste. Sa mère, Catherine Bouly, était couturière. Ils habitaient boulevard Mazas, devenu boulevard Diderot en 1879.
     Il créa divers monuments et entre autres, les monuments aux morts de Rostrenen dans les Côtes Armor, de Montaigu dans l’Aisnes, de Beuvillers dans le Calvados, à Bras sur Meuse, il produit la jardinière du monument aux morts, à Vaux devant Damloup près de Verdun il créa le calvaire avec Christ en bronze, inauguré en 1933, présenté au Salon des Artistes à Paris le 30 Avril 1933.(le grand Christ du cimetière de Vaux-devant-Damloup (Meuse) a été volé le 13/7/2014…). Placé sur le fronton du mur d’enceinte face à la porte d’entrée, ce Christ en bronze mesurait environ 1,50 m de hauteur pour 1 m de large.

     Une histoire méconnue concerne le Père Barnabé.

     En effet, fin 1927, l’existence du personnage, défrayait la presse, et un fromager local, Charles Blanchet propriétaire de la Fromagerie de l’Abbaye de Chatillon près de Spincourt eu l’idée de donner à deux de ses fromages qu’il venait lui-même d’élaborer, le nom de : LE PERE BARNABE. Il y avait eu des discussions avec Monsieur Henri Frémont, qui avait accepté le concept. L’idée était même allée beaucoup plus loin ; en effet Monsieur Blanchet envisageait tout simplement de construire une fromagerie à Samogneux… rien de moins ! Et qui aurait bien sûr commercialisé LE PERE BARNABE, et créé des emplois.
     Malheureusement, un tragique incendie détruisit la fromagerie dans la nuit du 15 au 16 janvier 1928.

     Monsieur Blanchet, écrivit à Monsieur Frémont : « Ma plume est lourde et la pensée d’avoir à recommencer tant d’efforts me trouve désemparé. Sachez aussi, Monsieur Henry Frémont, que ma dernière création de fromage dont j’espérais tant de bien et que, en souvenir de votre héros de Samogneux, j’avais baptisée : fromage du Père Barnabé, est parmi les décombres ! »

     Monsieur Frémont lui répond dans son journal, le Bulletin Meusien : Ressaisissez-vous mon cher Monsieur Blanchet ! Remettez debout votre industrie. Voilà le beau temps qui revient. Construisez ! Marchez ! Et vous nous redonnerez, dans quelques mois, de ce bon fromage du Père Barnabé, dont un dépôt doit être installé à Samogneux même ! Ce n’est qu’un retard. Qu’est ce qu’un retard, quand on a votre ardeur, votre compétence et votre âge ?
     Monsieur Blanchet a suivi ces conseils, mais s’est installé à Neuvilly en Argonne, sur un terrain de ses beaux parents, le Hameau de la Lochères, l’activité redémarre et se développe, le fromage LE PERE BARNABE est lancé avec succés.
     Monsieur Blanchet sera fusillé par les allemands le 30 septembre 1944.
                                                                                                     



Etiquette fromage LE PERE BARNABE 1
                                       collection Bernard Wagner



Etiquette fromage LE PERE BARNABE 2
                                                                    collection Bernard Wagner                             
                                       http://www.camembert-museum.com/

        Il faut savoir aussi que ce monument, se trouve sur un terrain privé, il appartenait jadis à  L’Oeuvre franco-américaine de relèvement du village de Samogneux, cette association s'est éteinte depuis des décennies, faute de membres et de fonds, le compte bancaire a été fermé en même temps.
      La commune doit déplacer le Père Barnabé (qui n'appartient plus à personne, sauf au propriétaire du terrain, et même pas à la commune...) et le remettre à sa place initial; au pied de l'ancienne église, la place est prête.
      Le maire qui est parfaitement au courrant s'est engagé auprés du propriétaire du terrain depuis quelques années à faire le nécessaire, mais il attend sans doute que le Père Barnabé finisse à la décharge comme gravat.

                                                                                                                                 o-o-o-o-o-o-o-o-o-o

    Au Journal Officiel le Comité pris le nom de : L’Oeuvre franco-américaine de relèvement du village de Samogneux..
    Mille dollars sont déposés immédiatement, et ce, à neuf reprises jusqu’en 1930, soit 9000 dollars ou
225 000 francs* de l’époque. Ces fonds ont servi à différentes réalisations dans le cadre de la reconstruction.
La répartition a été la suivante :
Pour la commune :
- Contribution à la construction d’un pont en dur reliant Samogneux et Regnéville. 100 000 francs*
- Achat d’un terrain, un pâquis. 26 800 francs*
- Achat d’une pendule électrique pour le clocher. 10 500 francs*
Pour l’église :
- Un harmonium, des ornements et objets de culte. 13 000 francs*
- Un chemin de croix et deux toiles allégoriques peints par le peintre de genre Lucien Lantier.
7 000 francs*
Pour la mairie :
- Des travaux de menuiseries et une bibliothèque communale. 6 000 francs*
- Réfection du chemin allant à Régnéville. 5 000 francs*
- Remise en état du Chemin sous la Ville. 5 000 francs*
- Statut et aménagement du Père Barnabé. 6 000 francs*
- Contribution aux impôts pour la construction d’un pont en dur reliant Samogneux et Regnéville. 10 000 francs*
- Contribution à la confection et l’érection du monument aux morts. 22 000 francs*.

L’inauguration du village reconstruit s’est faite le dimanche 6 octobre 1935 en présence de nombreuses personnalités et d’environ 500 personnes.

*Cours du franc de 1930 en euro 2003, (source INSEE) : 1 franc 0,48302€

    Parmi les personnalité présentes on pouvait noter entre autres, Messieurs Henri Frémont, les sénateurs Courot, Lecourtier et Mirouel, le député Gaston Thiébaut, natif de Samogneux, et qui fait l'objet en 2010, d'un excellent ouvrage de Jean Pierre Harbulot (Maître de conférences en histoire contemporaine à l'Université Henri Poincaré de Nancy): GASTON THIEBAUT le parlementaire meusien qui a dit NON à Pétain, le préfet de la Meuse Natalelli, le président du conseil général, l’inspecteur d’académie, les sculpteurs Broquet et Borgine, le peintre Lucien Lantier, l’architecte du pont sur la Meuse Delangle, le général Riviére gouverneur de Verdun et bien sûr le maire de Samogneux Georges Jacques en compagnie de nombreux maires des villages alentours , mais en l’absence forcée de Madame Horace Gray souffrante et en repos à Pau et qui a bien regretté, par lettre, de ne pouvoir assister à la réalisation de son œuvre : la renaissance de Samogneux.

 

  Henri Frémont avec ses petits enfants, et mon pére Jacques Lecointe (avec le béret) alors âgé de 10 ans
Le pére Barnabé érigé au pied de l'ancienne église, au bord de la route, Henri Frémont en présence de quelques enfants, dont.. mon pére, Jacque Lecointe (à droite avec le béret), alors âgé de 10 ans et encore résidant à Brabant pour quelques semaines avant l'installation de la famille à Samogneux au café.

  Le monument du Père Barnabé a changé de place quelques années après son érection pour être installé en 1936 à son emplacement actuel, près de l’ancien café à qui il a pu ainsi prêter son nom ; « Café AU PERE BARNABE ».
    Ce transfert s’est effectué par acte officiel, en atteste un document daté du 31 août 1936, établi entre les deux parties, Henri Frémont, secrétaire trésorier de l’Oeuvre franco-américaine du relèvement de Samogneux d’une part et Robert Lecointe, mon grand père, café-restaurant « Au Père Barnabé » à Samogneux d’autre part. Il a été convenu ce qui suit :
    «…La statue du “Père Barnabé” de Samogneux, propriété de l’Oeuvre et qui se trouve actuellement au pied de l’ancienne église de Samogneux sera, par les soins de Monsieur Lecointe Robert qui accepte, déplacée et amenée au village de Samogneux,sur un terrain en bordure de la route appartenant au dit Lecointe Robert.
…Il est expressément entendu que la statue du “Père Barnabé” restera la propriété de l’Oeuvre franco-américaine et de Monsieur Henry Frémont sus-nommé et que son prix marchand, pour la commodité, est fixé à cinq milles francs… » Signé Henri Frémont

    Ce déplacement est à l’origine d’une anecdote. Pour transporter la statue du Père Barnabé, les ouvriers chargés du travail ont utilisé le corbillard à bras du village, l’opération se passant en fin de journée, l’hiver 1936-37. Pour la nuit ils ont remisé l’ensemble dans le garage du café tenu par Monsieur Lecointe Robert.

Nouvel emplacement
                                                     Collection M. Lecointe
Le pére Barnabé installé à son nouvel emplacement en présence entre autre
de Henri Frémont et de mon grand père, Robert Lecointe, juché à l'arriére de la statut.


    L’établissement faisait aussi hôtel. La journée terminée, un tractionnaire de péniches sur le canal de l’Est, s’est présenté pour coucher. Monsieur Lecointe l’invita à garer son tracteur dans le garage… Il faisait nuit. En entrant dans le garage, qu’elle ne fut pas la surprise du pauvre chauffeur de découvrir dans ses phares…un mort sur un corbillard. Il se précipita aussitôt dans le café pour connaître les circonstances de la mort de ce noyé croyait-il. Surprise de la clientèle présente et éclats de rire aux dépens du pauvre homme, qui en fut quitte pour une belle peur.

                                                                                     

Faisons connaissance avec notre bienfaitrice américaine

                    Portrait de Mrs Horace Gray (née Jane Matthews) écrit fin 2014.  


       Depuis des décennies, on entend prononcer à Samogneux le nom de la bienfaitrice américaine des années 20 qui a contribué au relèvement du village détruit par la guerre, mais finalement, on sait peu de chose sur elle.
      Aussi j’ai eu envie d’en savoir plus sur cette énigmatique personne, et qui maintenant, je le sais, n’a pas choisi Samogneux par hasard comme elle l’écrit à Henry Frémont dans la lettre qu’il reçut le 17 décembre 1927, mais j’y reviendrai plus tard…

     Et j’ai découvert beaucoup de choses !

     Il va s’en dire, que si avant moi, d’autres personnes, avaient eu connaissance des informations que j’ai dénichées, ici en France et aux Etats Unis où j’ai des contacts qui m’ont aidé. Même Henry Frémont, qui était son correspondant à Verdun, n’aurait pas manqué de rédiger quelques articles dans la presse, dont il maîtrisait nombre de leviers, locaux en tout cas.
     Cette dame énergique au grand cœur, avait été élevée, au sein d’une fratrie de 10 enfants, dans la religion presbytérienne, où le sens de la charité n’est pas un vain mot.

     Née à Glendale, près de Cincinnati dans l’Ohio, le 18 Avril 1860, elle avait 9 frères et sœurs, dont certains ont laissé une empreinte.

      
                                                                

     De son vrai nom, Jane Matthews, elle était la fille d’un Sénateur de l’Ohio, Juge à la Cour suprême des Etats Unis. Thomas Stanley Matthews né le 21 juillet 1824 à Cincinnati dans le comté d’Hamilton, et décédé le 22 mars 1889 à Washington. Il avait épousé Mary Ann Black, qui répondait au doux surnom de « Minnie », née le 23 janvier 1923 à Maury Conty dans le Tennessee, et qui décède le 22 janvier 1885 à Washington, elle est enterrée au cimetière de Spring Grove à Cincinnati près de son époux. Ils s’étaient mariés très jeunes le 15 février 1843; Stanley avait 19 ans.
     Parmi les frères et sœurs de Jane, Jennie pour les familiers, on trouve sa petite sœur Eva Lee Matthews née le 9 février 1862 à Glendale, qui, très jeune se consacra beaucoup aux autres par le biais de l’Église épiscopale à laquelle elle appartenait. Elle voyagea entre autre en Palestine. A son retour, après avoir écrit un livre, elle fonda à Glendale une congrégation religieuse : la Communauté de la Transfiguration. La religieuse devint Sœur Eva Marie, elle décéda le 6 juillet 1928, causant un grand chagrin à Mrs Horace Gray sa sœur dont elle était très proche.
     Nous trouvons également, un frère, qui lui, sera évêque : Paul Matthews, né le 25 décembre 1866, qui épousera Elsie Proctor, petite fille du fondateur du géant industriel Proctor & Gamble, toujours aussi prospère de nos jours.
     Monseigneur Paul Matthews était l’évêque épiscopalien du New Jersey, il décédera le 17 janvier 1954 à Glendale.

     Le père de Jane, Juge à la Cour suprême des Etats Unis, était très lié avec un de ses collègues, juge lui aussi, Horace Gray, célibataire endurci, résidant à Boston.
     Il proposa à son ami Horace, alors âgé de 61 ans d’épouser sa fille Jane…32 ans plus jeune ! Avant de disparaitre, il voulait voir sa fille mariée à son ami. Malheureusement, il n’assistera pas au mariage le 4 juin 1889, il décède le 22 mars 1889 à Cincinnati après avoir été victime d’un refroidissement lors du glacial hiver qui précédait. Il est enterré au cimetière de Spring Grove à Cincinnati.



Soeur Eva Lee Matthews


Monseigneur Paul Matthews



Pierre tombale de Stanley Matthews

     Jane épousa donc Horace Gray le 4 juin 1889 à Washington. Horace était issu d’une famille très riche de Boston, il perdit sa mère jeune, il avait 6 ans. Il fit de solides études à Harvard entre autre où il est entré à 13 ans. A 17 ans, diplômé, il part pour l’Europe, voyager. Mais de mauvaises nouvelles le rattrapent ; des revers de fortune ont ruiné la famille.. Il rentre au pays, reprend ses études de droits à la Harvard Law School, il obtient son diplôme un an plus tard, ouvre son cabinet d’avocat et est admis au barreau de Boston en 1851. A 26 ans il est nommé rapporteur des décisions de la Cour Suprême, et devient ainsi le plus jeune à avoir jamais occupé cette haute fonction. En 1864 il devient juge assesseur de la cour suprême de l’état du Massachussetts, puis juge en chef en 1873. Le 19 décembre 1881 le Président des Etats Unis, Chester Alan Arthur le nomme Juge à la Cour Suprême.
     Sa santé allant chancelante à partir de 1894, il décide de ralentir son rythme de travail à partir de 1896. En 1902 il est victime d’un accident vasculaire cérébral, il donne sa démission le 19 juillet.
      Il décédera le 15 septembre de la même année à Nahant, près de Boston. Il est enterré dans le cimetière de Cambridge dans le comté de Middlessex.

                                                                                                 
                                                                                                                                                          Pierre tombale de Horace Gray

     Revenons à notre chère Jane Matthews, devenue Mrs Horace Gray, veuve, sans enfant, mondaine, et avec un « fort réseau », comme on dit en 2014, qui consacre son temps et sa fortune au caritatif.

     La première guerre mondiale éclate, et les Etats Unis entre dans le conflit officiellement au printemps 1917. Dans sa logique d’entraide, Jane Gray se porte volontaire, et, est à pied d’œuvre dès février 1915, en France, comme beaucoup de riches américaines à l’époque, dans le cadre de l'American Expeditionary Force (ou AEF). Sur sa demande de passeport faite le 21 janvier 1915, figure comme motif : « relief work », ce qui signifie, travail humanitaire..
     Elle servit d’abord dans un hôpital militaire français, situé en Bretagne, à Perros Guirec -Trestraou, HA n° 10, installé à l’hôtel de la Plage, 140 lits. Elle fit le choix de servir au sein de la S.B.M, Société de Secours aux Blessés Militaires. Puis elle se rapprocha du front, pour prendre la direction d’un hôpital.
                                                                                         
                                                                                                                                  Mrs Horace Gray en Janvier 1915

     Depuis 1906 Mrs Horace Gray a effectué de nombreux voyages à travers le monde; Japon, Chine, Hong-Kong, Inde, Egypte, Constantinople, Italie (Florence), France, Grande Bretagne, Espagne, sa première demande de passeport date de 1905. Ces documents portent le nom de Jane Gray. Le 29 avril 1922, elle part du port de New York, vers le Havre, pour faire des cures de repos à Pau.

    En octobre 1926 son périple touristique, la mène à Verdun pour visiter le champ de bataille, mais déjà sans doute avec Samogneux dans la tête, pour une raison que j’évoquerai plus loin… dans sa quête d’ouvrages sur Verdun, elle découvre le livre du Père Barnabé, personnage fictif du village de Samogneux.
                                                                                 
    Elle décida de se rendre à Samogneux, pour appréhender la situation. Arrivée sur place et souhaitant rencontrer le maire, Mr Jacques, celui-ci se révéla être absent. Qu’à cela ne tienne, elle aborda une femme du lieu, qui accepta de faire le guide, à l’époque le village n’était constitué que de baraquements, type Adrian, et situé à la sortie sud du bourg actuel, juste en face du cimetière.(voir le chapitre des Cartes Postales Anciennes)
     Seules quelques nouvelles constructions, étaient en cours au milieu des ruines en partie dégagées.
Mrs Horace Gray remercia la dame, lui remit 100 frs pour sa peine… sa générosité commençait à se manifester.
     La découverte la veille du livre du Père Barnabé et la visite des lieux, lui inspirèrent une idée lumineuse… mais d’entreprise, comme savent le faire les américains !
      Après la lettre reçue par Mr Frémont le 17 décembre 1926 (lire plus haut), elle mettra sur pieds une organisation solide et payante…faire traduire en américain, le Père Barnabé, promouvoir sa diffusion aux Etats Unis, afin que le fruit des ventes soit rétrocédé à l’association, loi 1901 de relèvement de Samogneux, « l’Oeuvre franco-américaine de Relèvement du village de Samogneux » (J.O n°247 du 12 octobre 1927).
     La traduction se fera fin 1926 à Pau par Jennie elle-même, qui se repose et est en cure, avec l’aide d’une traductrice, Mlle Nina Flandé, les épreuves traduites et corrigées faisant le va-et-vient entre Verdun et Pau par la poste, jusqu’au bouclage.
     Les ouvrages ainsi traduits, avec contrat, stipulant expressément par exemple, en accord avec la Société des Gens de Lettres, qu’aucun droit d’auteur ne fût perçu aux Etats Unis, commencèrent à être imprimés par l’imprimerie Frémont à Verdun.
                                                                                       


Exemplaire américain


Le Pére Barnabé va embarquer ses livres vers Boston


Le Pére Barnabé embarque pour Boston


     En mai 1927, les premiers ouvrages pour le marché américain sont prêts à être embarqués au Havre dans 3 caisses. Départ le mercredi 18 mai à bord du paquebot postal « Savoie », qui effectue un de ses derniers voyages sur la ligne de New York, avant sa démolition le 25 novembre 1927…

     En juillet 1927, un premier chèque de 25 542,80 Frs arrivait de Boston.

     En août 1927, une autre américaine, se dévouant pour Verdun, elle, Miss Sibley, connaissant bien sûr sa compatriote et son action, fit un don de 1 000 Frs à l’œuvre de Samogneux, (un peu plus de 600€ de 2014, le prix du Kg de pain en 1927 était d’environ de 1,60 Fr).
     En 1929 une visite est faite à Samogneux, par une nièce de Madame Horace Gray, accompagnée de son mari, Jane Cleveland Bloodgood. Ces visiteurs américains, envoyés par leur tante, à l’occasion de leur excursion sur le champ de bataille, venait voir l’avancement des travaux dans le village.
     Ils étaient accompagnés de Mr Frémont, qu’ils avaient pris au passage à Verdun. Ils firent le tour du village en compagnie de Mr Germain Albert, le maire du moment, qui les emmena jusqu’à la passerelle en bois permettant de franchir la Meuse, et construit dans la nuit du 7 au 8 octobre 1918 par le 17éme corps du génie américain, et qui, 10 ans plus tard présentait de sérieux signes de fatigue.. et allait bientôt être remplacé par un pont en béton à deux arches et non en pierre comme l’avait envisagé Mrs Horace Gray (d’où l’anecdote à propos de son mécontentement et incompréhension sur le choix du matériau, moins couteux, 600 000 Frs, au lieu de plus de 1 000 000 frs en pierre de taille). Ils firent une station sur le futur emplacement de la statue du Père Barnabé, c’est-à-dire au pied de l’ancienne église, au bord de la route nationale. Les touristes parlaient parfaitement français, et satisfaits de leur périple, repartirent vers la tranchées des baïonnettes.
     C’est sans doute lors de cette journée que notre visiteuse pris contact avec le sculpteur Gaston Broquet pour lui passer une commande particulière..
     En effet Mrs Jane Cleveland Bloodgood, nièce de Mrs Horace Gray était aussi la sœur de Stanley Matthews Cleveland, aumônier, chapelain dans le 307° Régiment d’Infanterie de la 77° Division de l’armée américaine (AEF), blessé grièvement dans le Bois de Samogneux en octobre 1918 et rapatrié sanitaire aux Etats Unis, elle aussi se garda bien d’évoquer ce détail, ce qui n’aurait pas manqué d’être aussitôt mentionné dans la presse. Mais dans l’article relatant sa visite, il est simplement précisé qu’elle est la nièce de Mrs Horace Gray..
     Voilà quel était donc la vraie raison de l’intérêt pour Samogneux de cette américaine. Paradoxalement ce fut une aubaine pour le village.
                                                                                            Mrs Horace Gray en 1920

     Lors de l’AG et de la constitution de l’association de l’Œuvre de relèvement de Samogneux à la Préfecture de la Meuse à Bar le Duc, le lundi 26 Septembre 1927, Mrs Horace Gray a signalé avoir un budget particulier, un don spécial, pour faire construire une auberge au nom du Père Barnabé et ériger un calvaire en souvenir d’un chapelain américain, qui « avait joué au cartes sur le territoire de Samogneux » et avait été grièvement blessé sur ce même théâtre, victime de son dévouement, et qui était mort aux Etats Unis. Il est décédé chez lui le 25 septembre 1926..
     Elle a donc évité de signaler que ce chapelain, était en fait son neveu, le fils de sa sœur Grace Elisabeth née le 18 juin 1864 à Glendale, mariée à James Harlan Cleveland né le 21 janvier 1865 à Francfort dans le Kentucky et décédé le 24 décembre 1906 à Glendale.
     Donc, lors de la visite de la sœur du chapelain à Samogneux en 1929, visite fut faite à Gaston Broquet, connu de Mrs Horace Gray pour le projet du monument aux morts de Samogneux, pour qu’il réalise une sculpture que la mère du chapelain, Grace Elisabeth Cleveland, commandait, à l’effigie de son fils, pour l’offrir au village qui l’exposerait dans la future église, ce qui fut fait. Ce bronze, assez coûteux, était en fait financé par ce fameux « don spécial », fait par sa propre sœur, Grace Elisabeth..
                             
     Ce style de sculpture était très à la mode en Amérique à cette époque et avait été initié par le sculpteur Augustus Saint Gaudens, d’origine française ; d’Aspet, au Pays Basque. Beaucoup de gens importants et fortunés se faisaient faire ce genre d’ouvrage, la femme du juge Matthews elle-même en a fait réaliser un, précisément par Saint Gaudens.                                                                                           


Les parents de Jane Matthews sur bronze


Bronze église de Samogneux Stanley Matthews Cleveland (neveu de Mrs Horace Gray)

        Le bronze de Samogneux, 62 x 32,5, signé Gaston Broquet, est toujours visible, à ce jour, dans l’église, au mur à gauche, avant le chœur.
     Pour en revenir à ce neveu de la bienfaitrice, il était né le 1 avril 1889 à Glendale, dans l’Ohio, a épousé Marian Van Buren à New York le 17 avril 1915.

     De cette union devait naître le 19 janvier 1918, Harlan Cleveland, qui deviendra un grand diplomate, secrétaire d’état du Président Kennedy. Il a été l’ambassadeur du Président Johnson à l’OTAN, écrivain, président de l’Université d’Hawaï, entre autres.

     Il fit toute sa scolarité en Suisse, et pratiquait le français couramment, il est décédé le 30 mai 2008 à Sterling en Virginie.
                                                                                           Harlan Cleveland 1918-2008

     En mai 1931, l’une des deux cloches de l’église de Samogneux, eut pour marraine, comme c’est la tradition, Madame Horace Gray, Jane, on peut lire sur la cloche:
      « Je m’appelle Samogneux - Jane. J’ai été fondu en 1931 pour la commune de Samogneux. M. Albert Germain étant maire. Mgr Ginisty étant évêque de Verdun et M. l’abbé Bonne curé desservant la paroisse. J’ai eu pour parrain la commune de Samogneux et pour marraine la bienfaitrice américaine de cette commune, Mrs Horace Gray. Saint Rémy- Sainte Jeanne d’Arc. »

     En août 1932 Madame Horace Gray, Jane Gray, est faite Chevalier de la Légion d’Honneur, eu égard à son implication financière dans la reconstruction de Samogneux et les nombreuses améliorations communales qui furent réalisées. (décret du 6 août 1932, pris sur proposition du ministre des affaires étrangéres)

                                                                                          
     
     Par la suite ses visites à Samogneux, cessèrent.

     Elle décèdera le 05 Juin 1949 dans sa propriété, au 79, Mount Vernon Street à Boston, à l’âge de 89 ans. Elle sera inhumée le 07 juin, dans le même cimetière que son époux, Horace Gray, à Boston ; le cimetière du Mont Auburn.
     Sa tombe se trouve éloignée de celle de son mari, de plusieurs centaines de mètres… un de mes contacts, suite à nos échanges, vient en novembre 2014, de faire le nécessaire pour que d’un point de vue enregistrement, les deux sépultures soient associées, idem sur le site Internet dédié aux recherches de tombes aux Etats Unis. J’en ai été avisé et cela m’a pleinement satisfait.

                                                                                                 
                                                                                            Pierre tombale de Mrs Horace Gray, Jane Gray (plot 68 Hemlock Path)
                                                                                                  Inscription: Jane Gray wife of Horace Gray Interred June 7, 1949


     Le voile est définitivement levé sur cette femme, dévouée et discrète, son intérêt particulier pour Samogneux est clairement établi maintenant.

      Aujourd’hui encore, fin 2014, au moment où sont écrites ces lignes, Mrs Horace Gray, Jane Gray, continue à se manifester symboliquement à Samogneux, tout au long du temps qui passe depuis 1931.. car tout le monde au village ignore et ignorait, que quand l’horloge de l’église de Samogneux sonne les heures, les demi-heures, c’est Jane la cloche, qui sonne ! Rappelant ainsi aux villageois qui l’ont laissé tomber dans l’oubli, qu’elle traverse toujours le temps auprès d’eux.
     Depuis très peu de temps, en 2010, et sur suggestion de ma famille auprès de la municipalité, une voie de circulation, enfin, porte son nom ; rue Mrs Horace Gray, anciennement Chemin de Beaumont, rejoignant la nouvelle rue Jacques Lecointe, mon père et ancien maire du village.

Sources : Bulletin Meusien ; Find a grave, Ancestry, archives personnelles.
Remerciements : Ralph Hopp maire de Glendale en Ohio & ses collaborateurs Joanne, Mike d’origine française, Ginny de
Spring Valley Etat de New York, pour son intérêt au sujet, ses interventions auprès du cimetière de Boston et les
photos de Sharon Lavash Hawkins d'Arlington dans le Massachussetts.


                          Le monument aux morts

    
Monume
nt élevé en 1933, le socle en pierre calcaire où sont gravés les noms des morts par le faits des guerres a été construit par Bourgine et la statue en bronze a, elle, été sculptée et fondue par Gaston Broquet. L’ensemble fut financé grâce à la générosité de l’Oeuvre franco-américaine du Relèvement de Samogneux d' Henri Frémont de Verdun, de Miss Horace Gray de Boston à hauteur de 22 000 francs et en coopération avec la Principauté de Monaco, pour la somme de 20 000 francs, soit un total de 42 000 francs. ( source: Le bulletin Meusien)

    La statue représente un fantassin français s’empressant de s’équiper de son masque à gaz (MCG, baptisé ARS Appareil Respiratoire Spécial) suite à une alerte aux gaz, d’où son nom : “ L’alerte aux gaz” . Il maintient à l’aide de son genou gauche et dans le creux de son coude droit, son fusil Berthier Mle 1916 semble-t-il. Dans les années 80 un vandale s’est permis de désolidariser l’arme de la statue et de la subtiliser.

    En 2004… la municipalité a fait la restauration du monument pour réparer cet outrage; la représentation d’un fusil Berthier est de nouveau en place.


o-o-o-o-o-o-o-o-o-o

2014   LE MONUMENT DE LA HONTE !

"Un monument commémoratif austro-hongrois a été inauguré le 14 juin 2014 à Samogneux, au nord de Verdun", titre l'ER, journal local.

   Me rendant à Samogneux ce mois d'août 2014, j'attendais de voir cette "honte" avant de juger et de m'exprimer. C'est chose faite.. c'est bien une honte!    J'étais au courant du projet depuis 2 ans maintenant, cela restait confidentiel et il ne faisait pas du tout l'unanimité dans la communauté de communes et aurait même pu avorter.
   Il faut savoir que celui qui accepté, à savoir le maire, n'a pas de culture sur l'histoire de France, ni de Samogneux, la guerre de 14..., ah!? Il y a même eu des soldats français qui ont perdu la vie ici pour défendre et reprendre ce village, ah bon! ça alors!
   C'est tout simplement scandaleux, trahir nos poilus ainsi, cracher sur leur sacrifice, honorer l'ennemi et bafouer la décoration de la Croix de guerre avec citation à l'ordre de l'Armée décernée à Samogneux .. pour ses souffrances endurées à cause de "l'Allemagne et de ses alliés" ( c'est le libellé exact affiché dans la mairie..).
    A quelques dizaines de métres de là, se trouve la tombe d'un officier français, un des principaux artisans de la reprise de Samogneux, qui a perdu la vie à l'issue de sa mission accomplie, le village, ou ce qui en restait, enfin de nouveau aux mains des français..aprés 1 an et 1/2 aux mains des boches, ou leurs alliés et qu'on honore aujourd'hui avec écharpe tricolore (bleu, blanc, rouge...)
   Le rôle éminent du capitaine Juhanahandy dans la reconquête de Samogneux le 21 août 1917 au soir, dont je connais en détail l'action et la vigueur ce jour-là, ce rôle et sa mort ce soir là à l'issue des opérations, est balayé par cet étron ennemi érigé à 200m de sa sépulture en ruine et si peu mise en valeur, là on a pas de sous! Les bénévoles font ça très bien...
    Les forums sur Internet s'en donne à coeur joie pour fustiger cette opération "saumono austro hongoise", je cautionne, certains qualifient même les gens de Samogneux de collabos tardifs, c'est dire! Quant aux élus locaux présents le jour de l'inauguration, dont j'ai appris que certains étaient mal à l'aise, ne se sont pas honorés ce jour-là. Beaucoup n'ont pas encore pris la mesure de cette forfaiture. La pseudo amitié entre les peuples a bon dos, une commémoration raméne toujours dans le contexte d'alors, nos armées contenant ou repoussant le boche chez lui, car il n'était pas chez lui...en tout cas moi et d'autres on n'oublie pas ! 
Il est à noter aussi, que pour cette "inauguration" aucun habitant n'a été informé et à fortiori convié...
   Petite anecdote locale non connue, liée à l'endroit!
Sur cette aire de pique-nique, à 2 m de cette affront à nos poilus, il y a une borne Vauthier, un soldat allemand tué en 1940 lors de l'invasion, était enterré pile à l'emplacement de cette chose. On peut voir une photo sur Internet où un de ses camarades, avec son vélo, se trouve prés de la tombe. En 1941, ma mére alors âgée de 11 ans, rentrée d'évacuation, se promenant avec une de ses amies du même âge et du village, se sont retrouvées prés de la tombe, la copine instinctivement a fait le signe de croix.. ma mère lui fait remarquer qu'il s'agit d'un boche.. la copine a aussitôt "défait" son signe de croix en le refaisant à l'envers....
   J'ai eu l'occasion ce mois d'août de m'entretenir avec quelques habitants, du sujet, la méconnaissance totale des événements historiques et de ma position les ont interpellés, il y a même un membre du conseil municipal qui m'a répondu: "c'est pas sur le terrain de la commune, on s'en fout"... c'est à tomber à la renverse, l'édification d'une bloc sanitaire à cet endroit aurait eu le même impact, mais aurait été plus utile sur cette aire de repos.
    On a pas à honorer la mémoire de l'ennemi, le boche a ses cimetière pour ça, et c'est suffisant, on est pas allé les chercher. D'autre part, beaucoup semblent oublier que les autrichiens sont à l'origine du conflit, l'attentat de Sarajevo contre l'archiduc concernait directement l'Autriche, de manière plus triviale; c'est eux qui ont foutu la m...!
    Ma vision des choses n'a pas à être mis en paralléle avec des restaurations de vestiges, comme par exemple la sculpture allemande sur le mur du cimetière de Sivry, datant de l'occupation il y a 100 ans.
   Pendant qu'on y est, pourquoi ne pas ériger une stéle à Vacherauville au général von Stülpnagel qui, rentrant en Allemagne sur convocation, aprés l'attentat manqué contre Hitler, le 27 juillet 1944, s'est simplement estropié en se tirant une balle dans la tête, au bord de la Meuse, là où il avait combattu lors de la premiére guerre?

Ce sujet ne mérite aucune photographie sur mon site!